Le lapidaire : comment un coeur en bénitier a tout changé
Après être passé en Polynésie et avoir découvert la nacre, j'étais très à l'écoute de ce que je pouvais faire avec mon Dremel, ramené de métropole, suite aux conseils des Tahitiens quand je leur avais demandé comme on travaillait la nacre " tu achètes un Dremel et tu te débouille!"
Un jour en Nouvelle-Calédonie, ma prof d'aquagym portait un petit cœur blanc autour du cou. Je lui ai demandé ce que c'était. Sa réponse a changé le cours de mon aventure créative : "C'est du bénitier, et c'est moi qui l'ai fait." Tout de suite ça m'a intéressé!
Elle m'a donné les coordonnées du club de lapidaire local. Il faut dire que la Calédonie étant proche de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, le lapidaire est une pratique courante comme. la peinture ou la poterie. Au cours de quinze heures de formation, j'apprenais à manier scies, perceuses et tourets pour transformer un caillou brut en boule, en œuf, en goutte. Le lapidaire venait d'entrer dans ma vie. Les premiers temps, j'étais tous les soirs au club après le travail!
Le lapidaire, c'est quoi exactement ?
C'est l'art de tailler, sculpter et polir les pierres et minéraux. Le lapidaire travaille toutes les pierres, sauf le diamant , réservé au diamantaire. Un savoir-faire ancestral, celui des artisans qui travaillaient le jade, le jaspe ou la serpentine bien avant que la bijouterie industrielle n'existe. Aujourd'hui c'est une discipline artisanale confidentielle — et c'est justement ce qui me plaît. La technique consiste à user sa pierre sur des tourets diamantés. Cela permet de travailler des pierres plus dures mais aussi plus friables qu'un sculpteur utilisant des ciseaux.
Ma matière première préférée : ce que la nature offre
Je pourrais travailler uniquement des pierres semi-précieuses achetées chez un fournisseur. Mais ce qui me passionne vraiment, c'est de ramasser mes pierres moi-même. Bord de mer, rivières, carrières actives ou désaffectées, pleine nature dans le Var… chaque sortie est une petite chasse au trésor. En Calédonie, les pierres avaient une diversité de couleur très interessante. Mais la France métropolitaine n'est pas en reste avec des gisements de grenats, d'améthyste, de serpentine et bien sure beaucoup de marbre également.
Une pierre ramassée dans une rivière varoise ou sur une plage de Méditerranée a une histoire avant même d'entrer dans mon atelier. Je la connais, je sais d'où elle vient. Et quand elle finit en pendentif autour d'un cou ou en sculpture, cette histoire continue.
De la pierre brute au bijou
Tout commence par l'œil — savoir repérer dans un caillou ordinaire le potentiel d'une belle pièce. Ensuite vient le travail : découpe à la scie, mise en forme sur le touret, ponçage progressif, polissage final. C'est long, physique, et chaque étape demande de la patience.
Ce que j'aime particulièrement, c'est travailler les chutes — ces morceaux dont la forme est déjà presque définie par la pierre elle-même. Plutôt que de forcer un design, je laisse la matière me guider. Les pendentifs qui en résultent sont totalement uniques, impossibles à reproduire à l'identique.
Ma spécialité pour les bijoux : l'assemblage de pierre de couleur différente donnant des pendentifs très originaux.
La pierre et la nacre : deux matières, une même philosophie
Comme pour la nacre de troca, je travaille la pierre dans le respect de la matière — sans gaspiller, en cherchant toujours à révéler ce qui est déjà là. Les deux disciplines se sont nourries l'une de l'autre depuis que je les pratique ensemble dans mon atelier de Puget-Ville.
Si la nacre m'a été offerte par la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie, la pierre m'a été révélée en la Nouvelle-Calédonie. Et aujourd'hui, dans le Var à Puget-Ville je continue à magnifier ces matières naturelles.
Le club de lapidaire du Musée de la Mine de Cap Garonne
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